Mon bilan de la CAN25 au Maroc : entre engagement, fierté africaine et responsabilité collective
- Seny NITIEMA
- 23 janv.
- 3 min de lecture
La CAN 2025 au Maroc n’a pas été pour moi un simple événement sportif. Elle a été une expérience humaine, professionnelle et profondément africaine, vécue de l’intérieur, avec ses moments de fierté, ses frustrations et ses questionnements nécessaires.

Vivre la CAN autrement : volontaire de la CAF
Pour cette édition, j’ai eu l’honneur d’être engagé comme volontaire de la CAF. Ma motivation était claire : profiter pleinement de la CAN, mais surtout contribuer activement à sa réussite.J’ai été affecté au stade de Fès, un site stratégique, avec pour mission l’analyse et le monitoring du dispositif sécuritaire, aussi bien dans les zones sensibles que dans l’enceinte du stade, en étroite collaboration avec les forces de sécurité locales.
Cette immersion m’a permis de mesurer, au quotidien, le niveau de préparation, de coordination et de professionnalisme déployé. Vu de l’intérieur, la CAN prend une toute autre dimension : ce n’est plus seulement du football, c’est une machine logistique et humaine impressionnante.
Une frustration personnelle… mais assumée
Ma seule vraie déception reste de ne pas avoir pu assister à la finale, faute de ticket. C’est une frustration légitime pour tout passionné de football africain, d’autant plus quand on s’est investi tout au long de la compétition.Mais cette frustration personnelle ne saurait éclipser l’essentiel.
Une réussite marocaine, un succès africain
Objectivement, le Maroc a élevé cette CAN à un niveau inédit, largement salué au-delà du continent.Sécurité maîtrisée, infrastructures de classe mondiale, accueil chaleureux, volontaires venus de plusieurs nationalités africaines, circulation fluide, absence d’incidents majeurs : cette CAN a montré ce que l’Afrique peut faire de meilleur quand elle s’en donne les moyens.
C’est une réussite marocaine par ricochet africaine. Une vitrine crédible pour l’organisation de grands événements, mais aussi pour l’attractivité économique et touristique du continent.
Le point sensible : les débordements de la finale
Toutefois, un seul élément est venu ternir l’image de cette belle fête : les débordements observés lors de la finale Maroc – Sénégal.Objectivement, ces événements restent mineurs comparés à ce que l’on observe régulièrement ailleurs dans le monde du football. Pourtant, leur résonance a été disproportionnée, au point de remettre en cause un acquis précieux : le sentiment de quiétude entre Marocains et Subsahariens vivant au Maroc.
À titre personnel, j’ai moi-même été interpellé à plusieurs reprises par de petits groupes de jeunes me demandant ma nationalité. Étant Burkinabè, je n’ai subi aucune violence. Mais une question m’a traversé l’esprit, presque malgré moi : si j’avais été Sénégalais, quel aurait été le comportement en face ?
Cette simple interrogation en dit long sur la nécessité de prendre du recul.
Responsabilité collective, pas règlements de comptes
Il est important de rappeler que :
L’appel à l’arrêt du jeu par le sélectionneur sénégalais relève de la responsabilité de la CAF, qui doit anticiper et encadrer ce type de situations à l’avenir.
Ce n’est pas aux jeunes Marocains d’en faire une cause nationale, encore moins de transformer une défaite sportive en guérilla de rue.
Les débordements de certains supporters sénégalais, sans dégâts humains ni destructions majeures, doivent être analysés avec sang-froid par les instances compétentes, pas vengés par des individus isolés.
Le football ne doit jamais devenir un prétexte à la haine ou à la stigmatisation.
Préserver ce qui fait la force du Maroc
Le Maroc est, à bien des égards, l’un des rares pays d’Afrique du Nord où les Subsahariens se sentent en sécurité, chez eux et bien intégrés.Cette réalité est renforcée par une vision royale tournée vers l’unité africaine, la coopération Sud-Sud et le vivre-ensemble.
Ce climat est un atout stratégique : pour les affaires, pour les grands projets continentaux, pour l’avenir commun.Une simple défaite de football ne doit en aucun cas révéler un autre visage du Maroc, ni remettre en question des années d’efforts, de confiance et de cohabitation réussie.
Pour terminer, La CAN 2025 restera, pour moi, une expérience forte et formatrice, vécue avec fierté et lucidité.Elle a montré le meilleur de l’Afrique… et rappelé que le sport, aussi puissant soit-il, exige responsabilité, maturité et sens du collectif.
C’est à ce prix que nos grandes réussites resteront durables.








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